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🌅 RETOUR À LA SOURCE DE LA VIE

Pensées du sabbat pour le silence, le renouveau et la rencontre avec Dieu


🌿 Série 3 – Rencontres avec Jésus

Les Évangiles ne racontent pas seulement ce que Jésus a enseigné et les miracles qu’il a accomplis. Ils racontent avant tout les histoires de personnes qu’il a rencontrées. Des hommes et des femmes aux parcours très différents se sont approchés de lui : des chercheurs et des personnes remplies de doutes, des malades et des exclus, des coupables et des déçus, des personnes pleines d’espérance et d’autres qui n’en avaient presque plus. Certains ont cherché Jésus consciemment, d’autres l’ont rencontré apparemment par hasard sur leur chemin. Mais, encore et encore, la même chose s’est produite : là où Jésus rencontrait véritablement une personne et où celle-ci s’ouvrait à lui, la vie ne pouvait simplement rester telle qu’elle était auparavant.

Jésus regardait les êtres humains autrement que leur entourage. Là où les autres voyaient d’abord un mendiant aveugle, il voyait un homme en qui l’œuvre de Dieu pouvait devenir visible. Là où la foule ne voyait en Zachée qu’un publicain méprisé et malhonnête, Jésus voyait un homme dont le cœur aspirait déjà à une autre vie. Là où d’autres auraient évité une femme samaritaine, Jésus s’assit près d’un puits et engagea avec elle une conversation qui révéla sa soif intérieure la plus profonde. Il connaissait le passé des personnes, leurs erreurs, leurs combats cachés et leurs aspirations – et précisément pour cette raison, il les rencontrait avec une alliance de vérité et de grâce capable d’ouvrir les cœurs et de renouveler les vies.

Dans cette série, nous voulons revivre pas à pas certaines de ces rencontres. Nous ne voulons pas seulement demander ce qui s’est passé autrefois, mais aussi découvrir ce que ces histoires ont à voir avec notre propre vie. Car derrière l’aveugle-né, Zachée, la femme au puits de Jacob, Pierre, Marie-Madeleine et tant d’autres, se trouvent des expériences qui nous sont encore familières aujourd’hui : le désir d’être vu, l’aspiration à un nouveau commencement, la peur d’échouer, la soif d’un accomplissement intérieur, la recherche du pardon, l’expérience de la perte et l’espérance que Dieu puisse faire naître quelque chose de nouveau même à partir de périodes brisées de notre vie.

Chaque rencontre révélera ainsi une autre facette de Jésus. Nous le rencontrerons comme celui qui s’arrête lorsque les autres continuent leur chemin ; celui qui cherche le perdu avant même que celui-ci ait remis sa vie en ordre ; celui qui connaît la soif de l’âme ; celui qui ne reste pas éloigné dans la tempête ; celui qui pardonne sans dissimuler la vérité sur le péché ; celui qui n’abandonne pas après un échec et qui donne de l’espérance même là où les êtres humains ne voient plus qu’un tombeau. Ainsi, à partir de nombreuses histoires particulières, se dessinera progressivement une image plus complète de celui que Jésus est réellement.

Le commencement du sabbat offre précisément un espace particulier pour ces rencontres. Lorsque, le vendredi soir, le travail de la semaine s’efface et que l’agitation se calme peu à peu, nous pouvons nous aussi nous arrêter. Pendant un moment, nous n’avons rien à accomplir, rien à prouver et rien à cacher devant Dieu. Le sabbat nous rappelle que notre vie ne repose pas d’abord sur ce que nous faisons, mais sur le Dieu qui nous a créés, qui nous connaît et qui recherche la communion avec nous. C’est pourquoi, dans chaque méditation, nous nous demanderons particulièrement ce que la rencontre avec Jésus signifie pour notre sabbat : que veut-il nous faire voir ? Qu’est-ce que nous pouvons abandonner ? Où veut-il guérir notre cœur, fortifier notre foi ou renouveler notre regard sur lui ?

Ces histoires ne veulent donc pas seulement être lues. Elles sont une invitation à entrer nous-mêmes dans la proximité de Jésus. Peut-être nous reconnaîtrons-nous parfois dans la personne qui a besoin d’aide, une autre fois dans les disciples qui doivent encore apprendre à voir avec les yeux de Jésus. Parfois ses paroles nous consoleront, parfois elles nous mettront au défi, et parfois elles toucheront une partie de notre cœur que nous avions jusqu’ici évitée. Mais une même espérance demeure toujours : le Jésus des Évangiles est le même Christ qui, aujourd’hui encore, cherche les êtres humains, les rencontre et veut renouveler leur vie.

Chaque vendredi soir, lorsque le sabbat biblique commence au coucher du soleil, une nouvelle méditation nous invite à revivre l’une de ces rencontres. Puisse le silence du sabbat devenir plus qu’une simple interruption de la semaine. Puisse-t-il devenir un lieu où nous voyons Christ d’une manière nouvelle, où nous entendons plus consciemment sa voix et où nous faisons l’expérience qu’une véritable rencontre avec Jésus peut encore aujourd’hui transformer le cœur.



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Pensées du sabbat pour le silence, le renouveau et la rencontre avec Dieu


🌿 Rencontres avec Jésus

👣 1. L’aveugle-né


« Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. »
Jean 9,1


🕊️ Une histoire – vu avant même de pouvoir voir

Pour l’homme dont Jean parle dans le neuvième chapitre de son Évangile, il n’y avait jamais eu de matin où il aurait vu la lumière du soleil levant. Il connaissait les rues de Jérusalem, mais pas par leurs couleurs et leurs formes. Il les connaissait par leurs bruits, leurs odeurs, leurs voix et leurs contacts. Il entendait les pas des gens sur les pierres, les cris des marchands, les rires des enfants qui jouaient et les voix des pèlerins montant vers le temple. Peut-être pouvait-il reconnaître, au bruit d’un pas, si quelqu’un passait lentement ou rapidement près de lui, mais il ne savait pas à quoi ressemblait le visage d’une personne qui le regardait avec bonté.

Il n’était pas devenu aveugle à la suite d’un accident et n’avait pas perdu la vue à un moment quelconque de son existence. Il était aveugle de naissance. Les ténèbres n’étaient donc pas le souvenir de quelque chose qu’il avait perdu, mais le seul monde qu’il ait jamais connu. Il ne savait pas, par sa propre expérience, ce que signifiait une couleur, comment le ciel s’étendait au-dessus de Jérusalem ou comment la lumière du soir se posait sur les murailles de la ville. Même le visage de ses parents, il ne l’avait jamais vu.

À sa cécité physique s’ajoutait un second fardeau. Dans la pensée religieuse de l’époque, une grande souffrance était souvent directement liée à une faute personnelle. Lorsqu’une personne était aveugle de naissance, on ne cherchait donc pas seulement une explication médicale ou naturelle, mais on demandait aussi quelle en était la cause morale. Quelqu’un devait avoir péché. Peut-être les parents, peut-être même l’intéressé d’une manière que l’on tentait d’expliquer. Ainsi, sa souffrance devenait en même temps un jugement religieux.

L’homme avait probablement entendu assez souvent ce genre de conversations. Des gens passaient devant lui, déposaient peut-être une pièce dans sa main et discutaient ensuite de la raison pour laquelle Dieu avait permis un tel destin. D’autres ne voyaient presque plus en lui un être humain avec sa propre histoire, mais seulement un problème auquel il fallait trouver une explication. Il était l’aveugle, le mendiant, l’homme au bord du chemin. Toute sa personne semblait résumée par un seul mot.

Ce jour-là, des pas s’approchèrent de nouveau. L’homme ne pouvait savoir que, parmi ceux qui passaient, se trouvait Jésus de Nazareth. Peut-être avait-il déjà entendu parler de lui. À Jérusalem, on parlait de Jésus, de ses paroles, de ses guérisons et du conflit grandissant entre lui et les chefs religieux. Mais même si l’aveugle connaissait ces récits, il n’avait aucune raison, ce matin-là, de penser que sa propre vie allait devenir une partie de cette histoire.

Puis il entendit la voix d’un disciple : « Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » La question ne lui était pas adressée, mais posée à son sujet. Une fois encore, sa vie devenait l’objet d’une discussion. Mais cette fois, quelqu’un répondit autrement que tous ceux qu’il avait entendus jusque-là.

Jésus dit : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui » (Jean 9,3).

Par cette réponse, Jésus ne déclarait pas que cet homme ou ses parents n’avaient jamais péché. Il rejetait plutôt l’idée que sa cécité devait être comprise comme la punition directe d’une faute personnelle précise. La souffrance de cet homme ne devait pas servir de base à un jugement hâtif concernant sa relation avec Dieu.

Pour la première fois, la question centrale n’était plus de savoir ce qui se trouvait derrière cet homme, mais ce que Dieu voulait accomplir dans sa vie.

🌿 Jésus voit un être humain

La première phrase de cette histoire contient un détail discret, mais décisif. Jean n’écrit pas seulement que Jésus passa près d’un aveugle. Il dit : « Jésus vit un homme. »

C’est déjà là une différence essentielle entre le regard de Jésus et celui de son entourage. Les disciples voyaient la cécité et cherchaient une explication. Jésus voyait l’homme et discernait une possibilité pour l’action de Dieu. Les autres regardaient en arrière et demandaient la cause de sa souffrance ; Jésus regardait vers l’avenir et voyait ce que la grâce de Dieu pouvait faire de cette situation.

Cette manière de regarder apparaît sans cesse dans les Évangiles. Jésus ne réduisait jamais les personnes à ce qui leur était arrivé ou à ce qu’elles avaient fait. Pour lui, Zachée n’était pas simplement « le publicain », Marie-Madeleine n’était pas seulement une femme au passé lourd, Pierre n’était pas simplement le disciple impulsif, et cet homme n’était pas seulement « l’aveugle-né ». Jésus connaissait toute la vérité de leur vie et voyait pourtant toujours l’être humain créé par Dieu et que sa grâce pouvait atteindre.

Cela est très important pour nous, car les êtres humains se regardent souvent autrement. Nous formons rapidement un jugement à partir de ce qui est visible. Une décision, une erreur, une faiblesse ou un chapitre du passé peut suffire pour qu’une personne reçoive dans notre esprit une étiquette définitive. Avec le temps, nous ne voyons plus toute la personne, mais seulement la caractéristique à laquelle nous l’avons associée.

Parfois, la même chose se produit avec notre propre vie. Nous nous regardons à travers le prisme de notre passé et commençons à croire qu’un échec, une blessure ou une limitation détermine qui nous sommes. Nous nous souvenons de quelque chose qui n’a pas réussi et portons ce souvenir comme un nom.

Mais Jésus voit autrement. Il connaît le passé sans nous y enfermer. Il connaît notre faiblesse sans mesurer notre valeur à celle-ci. Il voit les blessures, mais aussi la guérison qui est possible. Il ne voit pas seulement notre état présent, mais aussi ce que sa grâce peut produire dans la vie d’un être humain.

C’est précisément pour cette raison que cette première rencontre de la série ne commence pas par un grand miracle, mais par un regard. Avant même que Jésus n’ouvre les yeux de cet homme, il avait déjà accompli quelque chose d’aussi important : il l’avait vu.

🔥 Quand les questions religieuses cachent l’être humain

La question des disciples n’était pas totalement dépourvue de sens. Ils cherchaient à comprendre la relation entre le péché et la souffrance, et la Bible ne cache nullement que le péché a introduit la souffrance dans le monde. Le problème était plutôt qu’une vérité théologique était devenue un jugement hâtif sur un être humain concret.

Ils voulaient savoir qui était coupable. Jésus voulait aider.

Il y a là une sérieuse leçon spirituelle. Il est possible de parler de Dieu et, en même temps, de ne pas voir la personne qui se tient juste devant nous. On peut employer des termes justes, discuter de questions religieuses et même rechercher des explications bibliques, tandis que le cœur de celui qui souffre reste ignoré.

Jésus refusa cette attitude. Il ne nia pas la réalité du péché, mais il ne fit pas de la souffrance de cet homme une occasion de spéculer sur sa culpabilité. Il dirigea plutôt le regard vers l’action de Dieu. La question décisive n’était plus : « Pourquoi cet homme est-il devenu ainsi ? », mais : « Que veut faire Dieu maintenant ? »

Ce déplacement est également important pour notre propre vie. Il existe des situations dont nous ne comprendrons peut-être jamais complètement les causes. Certaines questions sur le « pourquoi » restent ouvertes, même si nous y réfléchissons longtemps. Jésus ne nous promet pas une explication immédiate pour chaque souffrance. Mais il montre qu’un passé inexpliqué ne limite pas les possibilités de Dieu pour l’avenir.

L’aveugle-né ne pouvait pas changer son passé. Il ne pouvait pas revenir en arrière et naître avec des yeux sains. Mais Jésus se tenait maintenant devant lui. Et soudain, ce qui comptait n’était plus ce qui avait été impossible pendant toutes ces années, mais ce qui devenait possible à cet instant par la présence du Christ.

🌙 La cécité de ceux qui voient

Plus Jean 9 avance, plus un renversement étonnant devient évident. Au début de l’histoire se trouve un homme physiquement aveugle entouré de gens qui peuvent voir. À la fin, cet homme voit non seulement avec ses yeux, mais reconnaît de plus en plus clairement qui est Jésus, tandis que ceux dont les yeux fonctionnent parfaitement deviennent de moins en moins disposés à reconnaître la vérité.

La guérison physique devient ainsi une image d’une réalité spirituelle plus profonde. Il existe une cécité qui ne commence pas dans les yeux, mais dans le cœur. Une personne peut voir et pourtant ne pas reconnaître l’action de Dieu. Elle peut connaître les Écritures et néanmoins devenir incapable de reconnaître l’œuvre de Dieu lorsque celle-ci ne correspond pas à ses propres attentes. Elle peut posséder des convictions religieuses et pourtant ne plus regarder la personne devant elle avec compassion.

Les chefs religieux deviendront précisément un exemple de cela. Ils examineront le miracle, interrogeront l’homme guéri, questionneront ses parents et chercheront des raisons de rejeter Jésus. L’extraordinaire se tient directement devant eux : un homme aveugle de naissance peut voir. Pourtant, au lieu de s’en réjouir, ils deviennent de plus en plus déterminés à rejeter la lumière.

L’histoire ne pose donc pas seulement la question de savoir si nous pouvons voir physiquement. Elle pose une question bien plus inconfortable : Que se passe-t-il lorsque Dieu agit autrement que nous l’attendions ? Sommes-nous prêts à laisser Dieu corriger notre manière de penser, ou ne voyons-nous que ce qui correspond déjà à notre image ?

La cécité spirituelle ne commence pas toujours lorsque quelqu’un ne sait absolument rien de Dieu. Elle peut précisément naître là où nous pensons déjà voir tout ce qui est essentiel et ne sommes donc plus disposés à regarder de nouveau.

🌿 Jésus agit

Après avoir rejeté le faux lien entre la cécité de cet homme et une faute personnelle concrète, Jésus ne se contenta pas de paroles. Il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, l’appliqua sur les yeux de l’homme et lui dit : « Va, et lave-toi au réservoir de Siloé – nom qui signifie : Envoyé » (Jean 9,6–7).

Pour l’aveugle, cette instruction devait sembler étrange. Il n’avait jamais vu Jésus et ne pouvait pas non plus observer ce qu’il faisait maintenant. Il ne possédait aucune garantie visible qu’un changement allait se produire. Il avait seulement entendu les paroles d’un homme qui avait parlé de lui autrement que les autres et qui lui demandait maintenant de se mettre en chemin vers un endroit précis.

Jean rapporte ensuite avec une remarquable simplicité : « Il y alla, se lava, et s’en retourna voyant clair. »

Entre ces deux phrases se trouve tout un chemin de confiance. L’homme devait se mettre en route alors qu’il était encore aveugle. Chaque pas vers le réservoir fut fait avant que le résultat ne devienne visible. Il n’obéit pas parce qu’il pouvait déjà voir, mais parce qu’il accorda suffisamment de confiance à la parole de Jésus pour partir.

C’est précisément là un élément essentiel de la foi. Nous désirons souvent d’abord la certitude, puis agir ensuite. Nous aimerions voir que le chemin fonctionne avant de nous y engager. Mais dans la rencontre avec Christ, l’ordre est souvent inversé. Sa parole nous appelle à la confiance, et certaines choses ne deviennent visibles qu’en chemin.

L’homme alla aveugle au réservoir.

Mais il revint voyant.

Alors commença la seconde partie, peut-être encore plus profonde, de sa rencontre avec Jésus. Car Christ ne voulait pas seulement lui donner la vue. Il voulait le conduire des ténèbres à la lumière, de l’expérience d’un miracle à la connaissance du Sauveur et finalement à une foi personnelle.

Et précisément ce chemin montrera qu’on peut avoir les yeux ouverts et pourtant être aveugle – et qu’un homme qui n’avait rien vu durant toute sa vie finirait par discerner plus clairement que beaucoup de ceux qui se considéraient eux-mêmes comme voyants.

🕊️ Une histoire – lorsque celui qui voyait devint témoin

L’homme revint du réservoir de Siloé et il voyait. Par une seule phrase, l’Évangile de Jean décrit ainsi quelque chose qui bouleversa toute sa vie jusque-là. Pour la première fois, il pouvait non seulement entendre les rues de Jérusalem, mais aussi les voir. Les visages, les maisons, les arbres, le ciel, la lumière et les ombres devenaient soudain une réalité pour lui. Les personnes dont il connaissait les voix depuis des années avaient maintenant un visage. Le monde qu’il n’avait jusque-là connu que par le toucher et l’ouïe s’ouvrait devant ses yeux.

Étonnamment, Jean raconte à peine la joie de ce moment. Il nous conduit immédiatement aux réactions des gens. Les voisins et ceux qui avaient auparavant vu l’homme mendier n’étaient même pas certains qu’il s’agissait réellement du même homme. Certains disaient : « C’est lui », d’autres : « Non, mais il lui ressemble. » Finalement, l’homme guéri dut lui-même déclarer : « C’est moi » (Jean 9,9).

Commença alors une série d’interrogatoires qui révéla de plus en plus clairement que ce miracle n’avait pas seulement ouvert les yeux d’un homme, mais mettait aussi en lumière ce qui se passait dans le cœur des autres. Les gens voulaient savoir comment cela s’était produit, et l’homme raconta simplement ce qu’il savait : Jésus avait fait de la boue, l’avait mise sur ses yeux et l’avait envoyé au réservoir de Siloé. Il y était allé, s’était lavé et pouvait depuis lors voir.

Il ne pouvait pas encore en dire davantage. Lorsqu’on lui demanda où était Jésus, il répondit : « Je ne sais pas. » Il avait vécu le miracle, mais n’avait pas encore réellement appris à connaître celui qui l’avait accompli. C’est précisément ce qu’il y a de très beau dans cette histoire : sa compréhension grandit pas à pas. Jésus n’exige pas qu’il comprenne tout dès le commencement. L’homme commence avec ce qu’il a expérimenté et découvrira de plus en plus clairement, au fil des événements, qui est Christ.

🔥 Un miracle le jour du sabbat

Jean mentionne alors un détail qui devient décisif pour la suite : Jésus avait guéri cet homme un jour de sabbat. C’est précisément cette circonstance qui transforma la joie du miracle en conflit religieux. L’homme guéri fut conduit auprès des pharisiens, et eux aussi voulurent savoir comment il avait recouvré la vue.

L’homme raconta de nouveau ce qui s’était passé. Mais au lieu de reconnaître dans sa guérison un signe de la puissance divine, certains pharisiens se concentrèrent sur le fait que Jésus avait fait de la boue le jour du sabbat et qu’il avait ainsi, selon leur interprétation, transgressé leurs règles sabbatiques. Certains disaient donc : « Cet homme ne vient pas de Dieu, car il n’observe pas le sabbat. » D’autres demandaient : « Comment un homme pécheur peut-il faire de tels miracles ? » (Jean 9,16).

Au milieu de cette dispute se tenait un homme qui, le matin même, avait encore été aveugle et qui maintenant voyait.

Le miracle était impossible à ignorer, mais les opinions préconçues étaient plus fortes que la joie qu’il aurait dû susciter. Au lieu de se demander ce que Dieu avait fait, ils essayèrent d’intégrer l’événement dans leur système religieux existant. Parce que Jésus n’agissait pas comme ils l’attendaient, même une œuvre évidente de guérison devenait suspecte.

C’est ici qu’apparaît la cécité spirituelle que Jésus dénoncera plus tard ouvertement. Ce n’était pas un manque d’informations qui empêchait ces hommes de voir. Le signe se tenait directement devant eux. Leur problème était qu’ils n’étaient pas disposés à laisser l’action réelle de Dieu corriger leur conception de Dieu.

Ellen G. White souligne précisément ce contraste dans son récit de la guérison de l’aveugle-né : par un acte de miséricorde, Christ avait révélé le sens véritable du sabbat, tandis que ses adversaires avaient tellement chargé le jour saint de prescriptions humaines qu’ils voyaient dans une guérison davantage une violation de règles qu’une œuvre de Dieu. Pour Jésus, le sabbat n’était jamais opposé à la miséricorde et à la restauration. C’est précisément en ce jour que devait devenir visible la manière dont Dieu rencontre l’être humain.

(Voir Ellen G. White, Jésus-Christ, section consacrée à la guérison de l’aveugle-né et aux controverses de Jésus concernant le sabbat.)

🌿 « Je sais une chose »

Les pharisiens continuèrent à interroger l’homme. Ils voulaient savoir ce qu’il pensait lui-même de Jésus. Sa réponse montrait déjà que sa compréhension avait grandi : « C’est un prophète » (Jean 9,17).

Cela ne leur suffisait pas. Ils allèrent jusqu’à mettre en doute qu’il ait réellement été aveugle de naissance et firent appeler ses parents. Ceux-ci confirmèrent qu’il était bien leur fils et qu’il était né aveugle. Mais lorsqu’on leur demanda comment il pouvait maintenant voir, ils évitèrent la question. Jean explique qu’ils avaient peur des chefs religieux, car il avait déjà été décidé que quiconque reconnaîtrait Jésus comme le Christ serait exclu de la synagogue.

L’homme guéri se retrouva ainsi de plus en plus seul. Ses parents ne voulaient pas prendre sa défense, les chefs religieux faisaient pression sur lui, et le fait même de sa guérison devint l’objet d’un conflit qu’il n’avait pas recherché.

Finalement, ils le rappelèrent et lui demandèrent de rendre gloire à Dieu, affirmant qu’ils savaient que Jésus était un pécheur.

Il leur répondit alors par une phrase qui compte parmi les témoignages personnels les plus impressionnants de l’Évangile de Jean :

« S’il est un pécheur, je ne sais ; je sais une chose, c’est que j’étais aveugle et que maintenant je vois. »
(Jean 9,25)

Il n’essaya pas de répondre à chaque question théologique. Il ne prétendit pas savoir plus qu’il ne savait. Mais une chose, personne ne pouvait la lui enlever : sa propre expérience.

Le matin, il ne pouvait pas voir.

Maintenant, il voyait.

Les gens pouvaient discuter de la manière dont il fallait comprendre Jésus. Ils pouvaient mettre son autorité en question ou tenter de réinterpréter le miracle. Mais ils ne pouvaient pas annuler la réalité d’une vie transformée.

Il y a là une leçon permanente pour la foi. Un chrétien n’a pas besoin d’avoir immédiatement une réponse à chaque question. Il y aura des situations où notre connaissance sera limitée et où nous comprendrons certaines choses seulement plus tard. Mais nous pouvons parler honnêtement de ce que Christ a fait dans notre vie. Le témoignage personnel ne remplace pas la vérité des Écritures, mais il rend visible le fait que cette vérité peut réellement toucher une vie.

🌙 Le prix d’une confession claire

Plus la conversation durait, plus l’homme devenait courageux. Les pharisiens lui demandèrent de nouveau ce que Jésus avait fait, et il finit par relever l’incohérence de leur attitude. Ils voulaient entendre encore et encore comment le miracle avait eu lieu, tout en étant décidés à rejeter celui qui l’avait accompli.

L’ancien aveugle commença alors lui-même à poser des questions. Il dit en substance qu’il était étonnant qu’ils prétendent ne pas savoir d’où venait Jésus alors que celui-ci lui avait ouvert les yeux. Dieu n’exauce pas celui qui vit volontairement contre lui, mais celui qui l’honore et fait sa volonté. Depuis que le monde existe, on n’avait jamais entendu dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire (voir Jean 9,30–33).

L’homme qui, au commencement, avait seulement pu dire : « Un homme appelé Jésus », déclara ensuite : « C’est un prophète », et maintenant il défendait publiquement la conviction que Jésus devait venir de Dieu. Tandis que les chefs religieux voulaient voir de moins en moins malgré tout leur savoir, l’ancien aveugle devenait, à chaque étape, toujours plus voyant – non seulement physiquement, mais aussi spirituellement.

Son courage eut cependant un prix. Les chefs l’insultèrent et le chassèrent.

L’homme avait reçu la vue, mais il perdait soudain peut-être une part importante de son appartenance sociale et religieuse. Sa rencontre avec Jésus n’avait pas simplement rendu sa vie plus confortable. La lumière qu’il avait reçue le conduisait aussi à prendre position.

Mais précisément là où les hommes le rejetèrent commence l’un des passages les plus émouvants de toute l’histoire.

❤️ Jésus le cherche une seconde fois

Jean écrit :

« Jésus apprit qu’ils l’avaient chassé ; et, l’ayant rencontré, il lui dit : Crois-tu au Fils de l’homme ? »
(Jean 9,35)

Ces quelques mots méritent notre attention : Jésus le trouva.

Au début de l’histoire, Jésus avait vu l’aveugle alors que celui-ci ne pouvait pas le voir. Maintenant, après que l’homme eut été rejeté à cause de son témoignage, Jésus le chercha de nouveau.

Christ ne lui avait pas simplement donné la vue pour ensuite l’abandonner à lui-même. Il savait ce que cette guérison avait provoqué. Il connaissait les interrogatoires, la pression et le rejet. Et il revint vers lui.

L’homme demanda : « Et qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? » Jésus répondit : « Tu l’as vu, et celui qui te parle, c’est lui » (Jean 9,36–37).

Quelle profondeur ces paroles devaient avoir pour un homme qui avait été aveugle toute sa vie :

« Tu l’as vu. »

Le visage de Jésus faisait désormais partie des visages que cet homme pouvait voir. Mais Christ le conduisit encore plus loin. Il ne s’agissait pas seulement de voir Jésus avec ses yeux. Il devait reconnaître qui se tenait devant lui.

Alors l’homme répondit :

« Je crois, Seigneur. »

Et il se prosterna devant lui.

C’est ici que la guérison atteint son accomplissement. Non au réservoir de Siloé, mais ici.

Au réservoir, ses yeux avaient été ouverts.

Maintenant, son cœur était ouvert.

Le plus grand don de cette histoire n’était pas qu’un aveugle puisse voir le monde. Le plus grand don était qu’un homme ait reconnu Christ.


🌾 Le sabbat – un jour où Christ nous apprend à voir de nouveau

Le fait que Jésus ait guéri l’aveugle-né précisément un jour de sabbat n’est pas un détail secondaire de cette histoire. Le conflit qui suivit montre plutôt combien le sabbat peut être compris de manières différentes. Pour les adversaires de Jésus, il était de plus en plus devenu un système qu’il fallait protéger par de nombreuses règles humaines. Pour Jésus, le sabbat restait ce pour quoi Dieu l’avait créé : un espace saint de communion avec Dieu, de libération, de miséricorde et de restauration de l’être humain.

L’homme guéri devint ce jour-là un témoignage vivant du fait que le repos de Dieu ne signifie pas l’indifférence devant la souffrance humaine. Dieu ne se repose pas de son amour. Le Créateur qui, au commencement, avait parlé et fait jaillir la lumière des ténèbres rencontra en ce sabbat un homme qui n’avait jamais vu la lumière et ouvrit ses yeux. La guérison n’était donc pas moins adaptée au sabbat ; elle révélait au contraire quelque chose de sa signification la plus profonde.

Pour nous aussi, le sabbat peut devenir un jour où Christ ouvre de nouveau nos yeux. Pendant la semaine, nous voyons beaucoup de choses seulement en passant. Les tâches, les rendez-vous, les nouvelles, les soucis et les responsabilités accaparent notre attention. Nous fonctionnons, réagissons et planifions, et parfois nous remarquons à peine combien notre regard s’est rétréci. Nous voyons surtout ce qui est urgent et perdons de vue ce qui est réellement important.

Puis vient le sabbat et interrompt ce rythme. Dieu nous donne un temps où nous ne devons pas constamment produire, réussir ou prouver quelque chose. Ce repos crée un espace pour une autre manière de voir. Nous pouvons regarder en arrière et découvrir où Dieu nous a portés pendant la semaine écoulée. Nous pouvons regarder plus consciemment les personnes qui sont devenues presque évidentes dans notre quotidien. Nous pouvons lire les Écritures sans déjà penser à la tâche suivante, et nous pouvons permettre à Dieu de rendre visibles nos propres angles morts.

Peut-être ressemblons-nous parfois aux disciples au début de l’histoire. Nous voyons une personne, mais nos pensées s’occupent d’abord d’explications et de jugements. Le sabbat peut nous apprendre à regarder plus lentement et à demander : Comment Jésus voit-il cette personne ? Peut-être quelqu’un se trouve-t-il près de nous sans que nous connaissions son combat. Peut-être avons-nous depuis longtemps réduit une personne à une erreur, une particularité ou son passé. Christ veut corriger notre regard afin que nous ne voyions pas seulement des problèmes, mais des êtres humains.

Peut-être ressemblons-nous, lors d’autres sabbats, davantage aux chefs religieux. Nous connaissons la signification du sabbat, nous veillons à sa sainteté et voulons être fidèles à Dieu – et précisément pour cette raison, cette histoire doit nous demander si notre compréhension du sabbat reflète aussi le cœur de Jésus. Un sabbat qui nous sépare du travail mais ne nous rend pas plus miséricordieux n’a pas encore pleinement atteint son but. Si, après le sabbat, nous jugeons les mêmes personnes avec la même dureté, ignorons la même souffrance et conservons la même propre justice, alors nos yeux spirituels aussi ont besoin d’être guéris.

Jésus montre dans Jean 9 que la sanctification du sabbat et la miséricorde ne sont pas opposées. Précisément parce que le sabbat appartient à Dieu, il fait partie des temps particuliers où le caractère guérissant de Dieu doit devenir visible. Il offre un espace pour visiter une personne seule, pour une conversation de réconciliation, pour une écoute attentive, pour une prière commune, pour la consolation et pour cette simple disponibilité à vraiment voir une personne.

Mais peut-être sommes-nous nous-mêmes l’aveugle-né. Alors le message de ce sabbat n’est pas d’abord que nous devrions mieux voir, mais que nous sommes vus. Avant même que nous reconnaissions pleinement Dieu, il nous a reconnus. Avant que nous trouvions les mots pour notre détresse, Christ la connaît. Avant même que nous sachions quel prochain pas nous devons faire, son regard est déjà posé sur nous.

L’aveugle-né n’avait pas besoin de voir d’abord pour être vu par Jésus.

Il en va de même pour nous.

Nous pouvons donc devenir silencieux devant Christ pendant le sabbat et prier : « Seigneur, montre-moi ce que je ne vois pas encore. » Peut-être ne répondra-t-il pas à toutes les questions. Peut-être que toutes les situations difficiles ne changeront pas immédiatement. Mais il peut changer notre regard. Et parfois, c’est précisément le commencement d’un changement beaucoup plus profond.

Semaine après semaine, le sabbat nous invite à sortir des ténèbres de notre vision limitée pour entrer dans la lumière de la présence de Dieu. Il nous rappelle le Créateur qui peut faire surgir la lumière là où il n’y avait auparavant que des ténèbres, et Christ qui ne passe pas à côté de nous. Ainsi, chaque sabbat peut devenir une petite répétition de cette rencontre : Jésus nous voit, nous parle, nous conduit – et ouvre pas à pas nos yeux.


🤲 Invitation

Prends consciemment du temps pendant ce sabbat pour poser à Christ une question simple : « Seigneur, qu’est-ce que je ne vois pas encore ? » Peut-être souhaites-tu redécouvrir son action dans ta propre vie, peut-être regarder une personne avec d’autres yeux ou abandonner une attitude qui a rétréci ton regard.

Ne lui demande pas seulement de changer les choses autour de toi. Demande-lui aussi de changer ton regard. L’homme de Jean 9 revint du réservoir en voyant, mais sa compréhension la plus profonde grandit seulement au cours du chemin qui suivit. Avec nous aussi, Christ peut avancer patiemment, pas à pas, jusqu’à ce qu’une première compréhension devienne une confession personnelle : « Seigneur, je crois. »


Prière

Seigneur Jésus, tu n’es pas passé à côté de l’homme aveugle, mais tu l’as vu avant même qu’il puisse te voir. Tu me connais moi aussi entièrement. Tu vois ce qui m’occupe, ce que je ne comprends pas et ce qui obscurcit parfois mon regard. C’est pourquoi je te demande en ce sabbat : ouvre mes yeux à ta présence et apprends-moi à regarder ma vie et les personnes autour de moi avec ton regard.

Préserve-moi de juger trop rapidement là où tu veux agir avec miséricorde. Montre-moi mes angles morts spirituels et donne-moi un cœur prêt à être corrigé par toi. Que le sabbat ne soit pas pour moi seulement une interruption du travail, mais une véritable rencontre avec toi, dans laquelle mes pensées deviennent plus calmes, mon regard plus clair et mon cœur plus réceptif à ta voix.

Et lorsque je ne comprends pas le chemin que tu parcours avec moi, donne-moi la confiance de cet homme qui s’est mis en route sur ta parole alors qu’il ne pouvait encore rien voir. Conduis-moi pas à pas hors de ma vision limitée vers ta lumière, jusqu’à ce que mon cœur aussi te reconnaisse toujours plus clairement et puisse dire avec une profonde conviction : Seigneur, je crois.

Amen.

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